Dry January : une occasion pour s’interroger, s’informer… et mieux comprendre le lien entre alcool et cancer

Thématiques associées :

Chaque mois de janvier, le Dry January revient dans les discussions.
Née au Royaume-Uni en 2013, à l’initiative de l’association Alcohol Change UK, l’opération nous propose de faire une pause d’alcool pendant un mois, après les fêtes de fin d’année.

Depuis, le concept s’est largement diffusé, y compris en France. Et nous avions envie de vous en parler. Pas tant pour le défi en lui-même. Mais parce qu’en nous intéressant au sujet, nous sommes tombées sur des chiffres qui nous ont un peu estomaquées !

Et avant de rentrer dans le vif du sujet… Petit rappel entre vous et nous
L’objectif n’est pas de pointer du doigt, de faire porter une responsabilité sur nos épaules qui en ont bien assez comme ça, ni de dire à chacun ce qu’il doit faire, mais de nous permettre à toutes et tous de faire des choix éclairés (oui, hein, parce qu’on est toutes et tous des grandes personnes par ici !)

Dans certaines enquêtes, nous sommes moins de la moitié à citer spontanément l’alcool comme un facteur de risque pour le cancer.

Et alors quand il s’agit de faire le lien avec le cancer du sein, nous sommes seulement 1 femme sur 5, en Europe, à savoir que la consommation d’alcool peut causer un cancer du sein, d’après une étude de l’OMS publiée en 2024.

Alors qu’il est le principal cancer causé par l’alcool, chez les femmes.

  • Et oui, en Europe, chez les femmes, 66% des cancers liés à l’alcool sont des cancers du sein.
  • Et presque un tiers des cancers du sein attribuables à l’alcool résultent d’une consommation de seulement 1 à 2 verres par jour.

Cela ne signifie pas que toute personne qui consomme de l’alcool développera un cancer. Mais que plus on boit, plus le risque augmente, et il n’y a pas de seuil sans risque confirmé.

Pourquoi toutes ces idées reçues, alors même que le niveau de preuve scientifique est très solide ?

Sans doute parce que pour les risques liés à l’alcool, l’information est :

  • plus récente,
  • moins diffusée,
  • parfois brouillée par des idées reçues (verre de vin “bon pour le cœur”, consommation “raisonnable”, etc.).
  • Les boissons alcoolisées sont classées cancérogènes du groupe 1, c’est-à-dire qu’il existe des preuves scientifiques solides qu’elles causent des cancers chez l’être humain. Cette classification a été faite par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui dépend de l’OMS, en 1988.
  • L’alcool augmente le risque de développer plusieurs cancers :
    • les cancers du sein (plus de 8 000 cas par an) ;
    • les cancers du côlon et du rectum (plus de 6 600 cas par an) ;
    • les cancers de la bouche et du pharynx (plus de 5 600 cas) ;
    • le cancer du foie (plus de 4 300 cas) ;
    • le cancer de l’œsophage (plus de 1 800 cas) ;
    • le cancer de l’estomac.
  • En Europe, 7 à 10% des cancers du sein pourraient être attribuables à l’alcool, dont un tiers résulteraient d’une consommation de seulement 1 à 2 verres par jour. »

Paroles de chercheurs

Ça c’est pour les chiffres. Mais cela pose plein de questions. Que nous avons posées à Bernard Asselain, membre de notre comité scientifique.

Et si vous aussi, vous avez des questions, n’hésitez pas à nous les partager en commentaires !

Nous ferons de notre mieux pour vous répondre rapidement…

  • Il n’existe pas de dose d’alcool sans risque pour le cancer
  • Même de petites consommations peuvent augmenter le risque, en particulier pour le cancer du sein.


Dans ce contexte, le fameux Dry January peut être :

  • une pause,
  • un temps d’observation de sa consommation,
  • un moment pour s’informer,
  • ou simplement une expérience personnelle, sans pression.

Ça se tente, non ?

Pour quels résultats ?

Pour finir cet article, nous voulions vous partager les résultats des études menées par Alcohol Change UK qui ont montré que les participants qui réduisent leur consommation d’alcool plusieurs mois après janvier relèvent :

  • une plus grande sensation de contrôle sur leur consommation,
  • une amélioration du bien-être général, notamment sur la qualité du sommeil
  • une réduction des comportements à risque liés à l’alcool,
  • et des scores plus faibles de consommation d’alcool plusieurs mois après (6 mois plus tard) par rapport à avant le défi.

En France, l’étude JANOVER menée auprès de participant·es du Dry January 2024 a observé que près de 2/3 avaient réduit leur consommation 3 mois après, et 58 % maintenaient cette réduction 9 mois après, ce qui corrobore les résultats des études britanniques.

Certaines critiques reviennent régulièrement autour de ce défi :

  • le risque de culpabilisation ou de moralisation,
  • un dispositif parfois perçu comme trop individuel, sans prise en compte des déterminants sociaux,
  • l’idée qu’un mois sans alcool pourrait masquer la question d’une réduction durable,
  • ou encore le fait qu’il puisse être inadapté pour certaines personnes, notamment celles ayant une relation compliquée à l’alcool.

Des critiques qui rappellent que la prévention ne peut pas être uniforme, ni reposer sur un seul format.

Sources :

  1. International Agency for Research on Cancer (IARC)Alcohol and cancer: causal association and key evidence on burden and prevention.
    • Document de synthèse scientifique qui établit l’alcool comme cancérogène du groupe 1 et détaille le fardeau mondial de cancers attribuables à l’alcool (741 000 cas en 2020).
  2. World Health Organization (WHO)Alcohol and cancer (Fiche d’information).
    • Présente les types de cancers liés à l’alcool, les mécanismes biologiques et l’absence de seuil « sans risque ».
  3. WHO/Europe & IARC The science is clear: smart alcohol policies can prevent cancer.
    • Rapport soulignant que des politiques de santé publique contre l’alcool peuvent prévenir des cas de cancer.
  4. IARC Evidence Summary Brief No. 6Alcohol: a Major Preventable Cause of Cancer.
    • Brief scientifique officiel détaillant l’impact de l’alcool sur plusieurs types de cancer et appelant à des actions de santé publique.
  5. IARC Handbooks of Cancer Prevention – Volume sur la réduction/arrêt de la consommation d’alcool.
    • Évaluation scientifique des effets de la réduction ou de l’arrêt de consommation sur les risques de cancer.
  6. Cancer EnvironnementAlcool et cancer.
    • Fiche de vulgarisation détaillée sur la classification de l’alcool comme cancérogène et les chiffres mondiaux de cancers liés à l’alcool.
  7. IARC / The Lancet Oncology (2021)Latest global data on cancer burden and alcohol consumption.
    Données chiffrées sur le nombre de cancers attribuables à l’alcool dans le monde.