Dry January : une occasion pour s’interroger, s’informer… et mieux comprendre le lien entre alcool et cancer
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Chaque mois de janvier, le Dry January revient dans les discussions.
Née au Royaume-Uni en 2013, à l’initiative de l’association Alcohol Change UK, l’opération nous propose de faire une pause d’alcool pendant un mois, après les fêtes de fin d’année.
Depuis, le concept s’est largement diffusé, y compris en France. Et nous avions envie de vous en parler. pas tant pour le défi en lui-même, que pour ce qu’il permet d’aborder : le lien entre cancers et alcool.
L’objectif n’est pas de pointer du doigt, de faire porter une responsabilité sur nos épaules qui en ont bien assez comme ça, ni de dire à chacun ce qu’il doit faire, mais de permettre à toutes et tous de faire des choix éclairés (oui, hein, parce qu’on est toutes et tous des grandes personnes par ici !)
Alcool et cancer : un décalage de perception tenace
Quand on parle de cancer, on pense tout de suite à la cigarette. Beaucoup moins à l’alcool.
Dans certaines enquêtes, moins de la moitié des personnes citent spontanément l’alcool comme un facteur de risque pour le cancer. Et pourtant…
Pour l’alcool, l’information est :
- plus récente,
- moins diffusée,
- parfois brouillée par des idées reçues (verre de vin “bon pour le cœur”, consommation “raisonnable”, etc.).
Pourtant, aujourd’hui, le niveau de preuve scientifique est très solide.
Cancers et alcool : ce que sait la science
- Les boissons alcoolisées sont classées cancérogènes du groupe 1, c’est-à-dire qu’il existe des preuves scientifiques solides qu’elles causent le cancer chez l’être humain. Cette classification a été faite par le Centre International de Recherche sur le Cancer (CIRC), qui dépend de l’OMS, en 1988.
- En France, 8 à 16 % des cancers sont attribuables à la consommation d’alcool.
- Une large part de ces cas (près de 80 %) touche les hommes, en grande partie à cause de niveaux de consommation plus élevés.
- Chez les femmes, le cancer du sein est l’un des cancers liés à l’alcool le plus fréquent. En Europe, par exemple, presque un tiers des cancers du sein attribuables à l’alcool résultaient d’une consommation de seulement 1 à 2 verres par jour.
- L’alcool augmente le risque de développer plusieurs cancers :
- les cancers du sein ;
- les cancers du côlon et du rectum ;
- les cancers de la bouche et du pharynx ;
- le cancer du foie ;
- le cancer de l’œsophage ;
- le cancer de l’estomac.
- Cela ne signifie pas que toute personne qui consomme de l’alcool développera un cancer. Mais que plus on boit, plus le risque augmente, et il n’y a pas de seuil sans risque confirmé.
Comment l’alcool favorise le cancer ?
Quand l’alcool est métabolisé dans le corps, il produit une substance appelée acétaldéhyde, qui est toxique et peut endommager l’ADN des cellules : ces dommages peuvent ensuite conduire à des mutations et au développement de cancers.
D’autres mécanismes contribuent aussi :
- inflammation des tissus,
- modification des hormones (comme l’œstrogène),
- perturbation de l’absorption de nutriments protecteurs.
Ce qu’il faut retenir
- Il n’existe pas de dose d’alcool sans risque pour le cancer
- Même de petites consommations peuvent augmenter le risque, en particulier pour le cancer du sein.
- Moins on boit, mieux c’est !
Dry January : un mois pour faire une pause dans sa consommation d’alcool
Dans ce contexte, le fameux Dry January peut être :
- une pause,
- un temps d’observation de sa consommation,
- un moment pour s’informer,
- ou simplement une expérience personnelle, sans pression.
Ça se tente, non ?
Pour quels résultats ?
Pour finir cet article, nous voulions vous partager les résultats des études menées par Alcohol Change UK qui ont montré que les participants qui réduisent leur consommation d’alcool plusieurs mois après janvier relèvent :
- une plus grande sensation de contrôle sur leur consommation,
- une amélioration du bien-être général, notamment sur la qualité du sommeil
- une réduction des comportements à risque liés à l’alcool,
- et des scores plus faibles de consommation d’alcool plusieurs mois après (6 mois plus tard) par rapport à avant le défi.
En France, l’étude JANOVER menée auprès de participant·es du Dry January 2024 a observé que près de 2/3 avaient réduit leur consommation 3 mois après, et 58 % maintenaient cette réduction 9 mois après, ce qui corrobore les résultats des études britanniques.
Le dry January : un défi imparfait (mais qui ne l’est pas ?)
Certaines critiques reviennent régulièrement autour de ce défi :
- le risque de culpabilisation ou de moralisation,
- un dispositif parfois perçu comme trop individuel, sans prise en compte des déterminants sociaux,
- l’idée qu’un mois sans alcool pourrait masquer la question d’une réduction durable,
- ou encore le fait qu’il puisse être inadapté pour certaines personnes, notamment celles ayant une relation compliquée à l’alcool.
Des critiques qui rappellent que la prévention ne peut pas être uniforme, ni reposer sur un seul format.
Sources :
- International Agency for Research on Cancer (IARC) — Alcohol and cancer: causal association and key evidence on burden and prevention.
- Document de synthèse scientifique qui établit l’alcool comme cancérogène du groupe 1 et détaille le fardeau mondial de cancers attribuables à l’alcool (741 000 cas en 2020).
- World Health Organization (WHO) — Alcohol and cancer (Fiche d’information).
- Présente les types de cancers liés à l’alcool, les mécanismes biologiques et l’absence de seuil « sans risque ».
- WHO/Europe & IARC — The science is clear: smart alcohol policies can prevent cancer.
- Rapport soulignant que des politiques de santé publique contre l’alcool peuvent prévenir des cas de cancer.
- IARC Evidence Summary Brief No. 6 — Alcohol: a Major Preventable Cause of Cancer.
- Brief scientifique officiel détaillant l’impact de l’alcool sur plusieurs types de cancer et appelant à des actions de santé publique.
- IARC Handbooks of Cancer Prevention – Volume sur la réduction/arrêt de la consommation d’alcool.
- Évaluation scientifique des effets de la réduction ou de l’arrêt de consommation sur les risques de cancer.
- Cancer Environnement — Alcool et cancer.
- Fiche de vulgarisation détaillée sur la classification de l’alcool comme cancérogène et les chiffres mondiaux de cancers liés à l’alcool.
- IARC / The Lancet Oncology (2021) — Latest global data on cancer burden and alcohol consumption.
Données chiffrées sur le nombre de cancers attribuables à l’alcool dans le monde.