Marie-Odile a appris à s'écouter

Modile, 60 ans, célibataire sans enfants mais avec une petite lapine, j'ai reçu LE coup de menhir sur la tête en février 2022.
Pas tout de suite, bien sûr, car les médecins sont persuadés que le grand public comprend leur vocabulaire.
Moi, mon job c'est la compta et l'informatique, où ont-ils pu penser que j'avais déjà rencontré le mot "carcinome" et les lettres ACR ?

J'ai eu l'impression de me faire réprimander comme une petite fille de sept pour ne pas avoir compris que j'avais un cancer.
Après, j'ai eu l impression de rentrer dans une grande machine à laver et de tenter de garder la tête hors de l'eau. Les séances de radiothérapie se sont enchaînées et je leur dois mes pires cauchemars éveillés.

Et le pire restait à venir... l'hormonothérapie. 5 ans de douleurs, sueurs, et de sommeil compliqué. Mais, haut les cœurs, je ne vais pas rendre les armes trop vite, et la réalité économique et mon compte bancaire m'ont vite demandé de reprendre le chemin du travail. C'est bien de travail, quand il est passionnant, on oublie la maladie.

Pour moi, ce qui a été le plus dur, c'est d'avoir déménagé juste avant l'annonce, d'avoir vécu la maladie au milieu des cartons, et quand ça commence à aller mieux, de regretter d'avoir quitté ma vie parisienne pour une ville de province où je ne connaissais personne. Heureusement, 4 ans après, je me suis adaptée à ma nouvelle ville, j'ai vidé mes cartons, j'aime mon appartement et dans un an, l'oncologue l'a promis, j'arrête le Letrozole....
Youpi, la vie est belle.

J'ai rencontré de belles personnes, et en particulier la kiné du réseau RKS, qui en faisant du bien à mon corps en faisait en même temps à mon âme.
Même si pendant cette épreuve, j'ai l'impression d'avoir pris 10 ans en deux semaines, j'ai appris à m'écouter. Un truc nouveau pour moi qui ne suis jamais malade, et tant que je peux me lever et que je n'ai pas de fièvre, c'est que je ne suis pas malade !
Bon, je crois que j'ai tout dit !